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Entretien avec Franck Bonot sur « l’Uberisation » des métiers du transport

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Franck Bonot, porte parole à l’UNSA Transport (syndicat des transports) est intervenu ce mercredi 1er juin lors de la dernière journée des REUNIC16. Il a pris part à la conférence-débat animée par l’universitaire Stéphane Vial, en compagnie François Levin, rapporteur du CNnum, sur le thème “Le numérique, soutien ou menace de nos acquis sociaux”. Très à cheval sur le phénomène d’”uberisation” qui touche le secteur des transports, il est revient sur les revendications de son syndicat. – Présent Conférence : Le numérique, soutien ou menace de nos acquis sociaux ?

Arsenic: Pouvez-vous nous expliquer le travail de la fédération UNSA Transport ?
F.Bonot: L’UNSA Transport  existe depuis une soixantaine d’années. C’est aujourd’hui le deuxième voire quasiment le premier syndicat du secteur des transports. La particularité de l’UNSA c’est sa structure qui est très innovante et indépendante. Nous fonctionnons selon le système du bottom up car nous accordons une très grande place aux adhérents et c’est auprès des salariés que nous cherchons les questions et les décisions à faire remonter. À côté de cela, nous travaillons beaucoup avec des avocats afin justement d’accorder le discours et les revendications des salariés avec le loi et ainsi faire évoluer le statut des salariés. C’est ce fonctionnement qui explique qu’aujourd’hui nous sommes en phase avec les nouvelles préoccupations comme l’impact l’impact du numérique.

Arsenic: Les exemples comme Uber et Blablacar se multiplient, comment expliquer que le secteur du transport soit aussi impacter par le numérique?

F.Bonot: En réalité le secteur du transport n’est pas plus impacté qu’un autre, mais les transformations y sont beaucoup plus visibles. Un pigiste ou un autre travailleur indépendant qui voit les conditions de son travail évoluer, en gros il est le seul à constater les transformations; alors que n’importe quel moyen de transport touche directement le public et son quotidien. Par exemple, il y a encore 30 ans, personne ne serait monter dans un métro sans chauffeur alors qu’aujourd’hui c’est de plus en plus fréquent.C’est ce qui explique qu’aujourd’hui l’“uberisation” soit devenu le terme générique pour parler de toutes ces nouvelles activités.

ARSENIC: Quelle est le positionnement de l’UNSA Transport par rapport à ces nouveaux modèles économiques comme Uber?

F.Bonot: Nous ne sommes pas contre l’appropriation des nouveaux outils pour développer de nouveaux services bien au contraire, mais ce qui nous pose problème c’est cet espèce d’échappement fiscal que cela engendre au dépriment des salariés. Au final Uber va finir par tuer le marché et les chauffeurs sont considérés comme de la chair à canon. Ils peuvent travailler jusqu’à 100h par semaine et ils doivent avoir une “connexion open” tout le temps s’ils veulent percevoir un salaire correct!

Photographe : Agnès Maury

 

 

 

“Il faut créer

un compte personnel d’activité”

 

 

 

ARSENIC: Quelles sont vos propositions pour la protection du salariat dans le secteur du transport?

F.Bonot: Nous soutenons la proposition de l’URSSAF de créer un compte personnel d’activité afin d’octroyer un droit attaché à la personne; mais aussi l’instauration d’un revenu de base pour apporter une sécurité aux chauffeurs. Aujourd’hui on a des outils numériques pour créer du “collectif” et ce genre d’activités, alors pourquoi les chauffeurs ne les utilisent davantage pas pour se rassembler et mettre en commun leurs revendications et faire valoir leurs droits? À l’UNSA nous travaillons sur ce point, nous sommes en contact avec des acteurs d’autres pays comme l’Italie afin de mutualiser les revendications.

ARSENIC: un autre problème, lié à la robotisaton, touche le monde du transport : comment expliquer et répondre à cette tendance à la destruction d’emplois dans le transport?

F.Bonot: Parce que c’est un secteur innovant donc en perpétuel transformations et parce que les gens ont envie de se déplacer plus qu’avant, donc automatiquement on a tendance à vouloir faire des économies. Mais sur le long terme, nous ne voyons pas cela comme une menace car lorsque tout se passe bien, la robotisation apporte aussi une augmentation de l’activité et par conséquent cela amène la création de nouvelles tâches et de nouveaux métiers et un besoin de personnel supplémentaire.

C’est pour cela qu’à l’UNSA nous encourageons fortement la formation tout au long de la vie active afin justement que les salariés puissent s’adapter aux changements tout en gardant leur acquis sociaux.

 

 

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